Portefeuille (2): Le bon timing des ajustements
Publié par La rédaction le 28 décembre 2007
Dans le premier article de cette série, nous avons vu l’intérêt de principe qu’il y avait à ajuster régulièrement la composition de son portefeuille aux variations des marchés si l’on veut rester exposé à un même niveau de risque. Cet intérêt est le plus évident lorsque les actifs affichent des performances contrastées. On pressent dès lors intuitivement qu’un ajustement annuel, à date fixe, peut n’être ni suffisant, ni le plus judicieux.
Reprenons le cas de notre quidam qui, début 2007, avait investi 60% de son capital de départ (€ 100.000) en actions de la zone euro (322 trackers SPDR Euro - SPO) et les 40% restants en équivalents d’obligations d’Etat (353 trackers Lyxor MTS Global - MTX). Au lieu d’attendre paisiblement douze mois avant d’opérer ses premiers ajustements, il aurait pu constater, le 16 juillet par exemple, qu’à cette date SPO avait progressé de 14% par rapport au début de l’année (à 212,35) et que MTX avait par contre reculé de 1,8%.
A cette date (16/7/07), l’évaluation de son portefeuille se présentait donc comme suit:
- 322 SPO à 212,35, soit € 68.376,70;
- 353 MTX à 111,16, soit € 39.239,48;
- Cash: € 84;
- TOTAL = 107.700,18 (+7,7%).
S’il avait opéré l’ajustement à ce moment, en vue de rétablir la proportion 60/40 initiale entre actions et obligations (+ cash résiduel), il aurait dû:
- Vendre 18 SPO;
- Acheter 34 MTX.
Le 20 décembre, l’évaluation de son portefeuille se serait alors présentée comme suit:
- 304 SPO à 198,25 = € 60.268 (57,49% du portefeuille);
- 387 MTX à 114,94 = € 44.481,78 (42,43% du portefeuille);
- Cash = € 84 (0,08% du portefeuille);
- TOTAL = 104.833,78, soit une progression de 4,83% depuis le début de l’année.
Incidemment, remarquez ici que s’il avait procédé de la sorte, notre quidam aurait alors, en fin d’année, été amené à ajuster son portefeuille en sens inverse de ce que nous indiquions dans le premier article et:
- acheter 13 SPO au lieu d’en vendre 6;
- vendre 23 MTX au lieu d’en acheter 10.
Mais revenons à nos moutons. Avec cet autre timing dans les ajustements, tenant compte des évolutions des marchés à mesure qu’elles se produisent, le résultat est un petit peu meilleur que les 4,49% réalisés en attendant la fin de l’année sans rien faire. De 4,49% à 4,83: trop peu pour être pris en compte? Pas si vite… N’oubliez pas l’effet “magique” des intérêts composés!
En considérant que la gestion d’un portefeuille comme celui-ci ne s’envisage que sur plusieurs années, quel sera l’effet sur le résultat final d’une aussi modeste différence de return moyen? Toutes choses égales par ailleurs, ceci:
- Sur 10 ans:
- Avec un intérêt composé à 4,49%, € 100.000 deviennent: € 155.148,-
- Avec un intérêt composé à 4,83%, € 100.000 deviennent: € 160.271,-
- Sur 20 ans:
- Avec un intérêt composé à 4,49%, € 100.000 deviennent: € 240.710,-
- Avec un intérêt composé à 4,83%, € 100.000 deviennent: € 256.869,-
Plus de 16.000 euro de capital en plus à l’âge de la retraite, cela n’en vaut-il vraiment pas la peine? Cela fait quand même plus de 16% du capital de départ, non? Et cela avec des returns en dessous de la moyenne qui peut être attendue d’un tel portefeuille sur une longue durée.
Notre intuition était donc juste: l’ajustement périodique de la composition du portefeuille, à dates fixes, risque bien de n’être pas optimale et d’entraîner des pertes de return (coûts d’opportunité). Il est nettement préférable de la faire en fonction des fluctuations de sa valeur et, par exemple:
- Calculer chaque mois la valeur globale du portefeuille et le poids relatif des différents actifs en son sein;
- Opérer les ajustements à chaque fois que le poids relatif d’un actif en son sein s’écarte de sa cible au-delà d’une limite que vous aurez fixée au préalable.
C’est tout simple et, avec un tableur, cela ne prend que très peu de temps. Mais ça rapporte…
Cela étant, vous aurez sans doute observé que la stratégie décrite ici opère systématiquement à contre-tendance. Elle consiste à renforcer sa position sur un actif à mesure qu’il se déprécie, et à la réduire à raison de sa progression. Cette technique fonctionnera donc très convenablement sur des marchés sans tendances bien établies dans la durée, fluctuant régulièrement entre des hauts et des bas variant peu, chacun pour ce qui les concerne. Tout en restant correcte, elle sera moins performante et produira des rendements moindres qu’ils auraient pu l’être sur des marchés résolument haussiers. Et sur les marchés baissiers de longue durée, les pertes (normalement temporaires) pourront s’en trouver aggravées.
Dans le prochain article, nous envisagerons une technique un peu plus complexe que celle-ci, mais offrant l’incontestable avantage de suivre la tendance et d’en profiter autant que faire se peut.
(à suivre)
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